dimanche 6 avril 2014

Coin lecture #06 : Patrice Salsa

Le coin lecture #06 est dédié à un auteur découvert en début d'année : Patrice Salsa. Je suis tombée amoureuse littérairement de son écriture. Je  vous mets un extrait de "la part des anges".
Je souhaite que vous soyez touché autant que moi par son écriture et son monde.

Où le trouver : http://www.amazon.fr/Patrice-Salsa/e/B004MWTFS0/ref=ntt_athr_dp_pel_1

Alors, tu es content ?
Je plane.
Jordan et Kevin sont assis sur les marches devant leur tour.
Je pensais pas que ça s’rait si facile.
Facile ?
Simple, j’veux dire. Que ça se pass’rait si simple¬ment. Je balisais un max, tu sais.
Oui, je sais.
Et toi ?
Moi quoi ?
Ben oui, toi. Avec Solveig.
C’est plus la dark ?
Oh arrête. Je reconnais que je l’avais mal jugée. Elle est très sympa. Et Solveig, c’est un joli prénom. Pas aussi beau qu’Alison, mais très chouette aussi. Et change pas de conversation… Alors ?
Alors quoi ?
Ben elle te plaît ?
Écoute, Kev, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour te faciliter le boulot avec Alison, non ? J’avais pas compris que ça impliquait que je devais embrasser Solveig.
Non mais je dis pas ça pour ça… Juste je voudrais que…
Tu voudrais quoi ?
Ben j’sais pas… Je veux dire qu’on a toujours tout fait ensemble, depuis toujours. Ça serait bien si…
Si quoi ?
Si on sortait au même moment avec une fille. Si on embrassait une fille pour la première fois au même moment…
Tu veux que j’embrasse Alison en même temps que toi ? Ça va être dur…
T’es vraiment con quand tu t’y mets, quand tu veux faire le con et que tu veux pas comprendre.
T’inquiète, j’ai compris.
Je sais que tu as compris. Alors ?
J’sais pas. Comment c’était ?
C’était… génial. Tu comprends, c’était pas simple¬ment embrasser. C’est comme s’il se passait quelque chose de partout. On peut pas expliquer, il faut le vivre.
Je suis impatient de connaître ça…
Kevin est un peu désarçonné. Il est rare que Jordan se montre avec lui ironique de façon systématique, presque blessant ; mais il est heureux, et il ne veut pas de fâcherie.
Je pense que ça lui a plu aussi… Tu crois que j’embrasse bien ?
J’sais pas. Je t’ai jamais embrassé.
C’est parce que tu m’as jamais demandé…
C’est le tour de Jordan d’être étonné. Le second degré, c’est rarement dans le style de Kevin.
Pas la peine, j’suis sûr que tu embrasses très bien. Tu veux que je demande à Solveig ce qu’Alison en a en pensé ?
Mais t’es ouf, toi ? Et comment elle saura ça, d’abord ?
Tu peux être sûr et certain qu’elles auront la même conversation que nous en ce moment, si elles ne sont pas déjà en train de l’avoir.
C’est pas pareil, c’est des filles…
Tu te goures, les filles, c’est comme les garçons.
Si tu le dis… Tu dors chez moi ?
J’ai pas prévenu, et j’ai pas ma brosse à dents.
Je te prêterai la mienne, et ils vont pas s’inquiéter… Où tu peux être ?
Kevin passe son bras autour des épaules de Jordan.
J’ai pas sommeil, j’suis trop excité.
On va déranger ta mère…
Tu rigoles ! Elle a pris ses pilules, elle va en écraser jusqu’à midi au moins.
OK, ça roule.
Merci Jordy, chuchote Kevin à l’oreille de son ami.

Neuf heures du matin. La mère de Kevin prépare du café dans la cuisine. Elle pense qu’il va falloir demander à son médecin de lui prescrire autre chose. À peine six mois, et le somnifère est déjà moins efficace. Elle va jeter un œil dans la chambre de son fils. Dans la lumière oblique filtrée par les persiennes, malgré la largeur du lit, les deux adolescents dorment, encastrés, leurs torses nus rayés de soleil.
Elle reste plusieurs minutes à les regarder ; elle envie la tranquillité de leur sommeil.

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